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Revue Horizons publics

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La modernisation de la fonction publique : entre ambitions et réalité

Les réformes à l’oeuvre au sein de la fonction publique sont régulièrement justifiées par le souci de modernisation.
Pourtant quel est le véritable sens de la modernisation et quelles en sont les expressions ?
C’est ce que nous proposons de vous présenter.

En ces temps de bouleversements économiques, sociaux et politiques, la modernisation est souvent invoquée comme la solution à tous les maux (l’architecture des pouvoirs locaux ne convient plus, il faut la moderniser ; les établissements de santé traversent de graves difficultés financières, les pouvoirs publics recourent à la modernisation ; etc.).
Pourtant, s’il est frappant de constater que le terme de modernisation est employé avec force, peu de ceux qui le parsèment ne prennent le temps d’éclaircir le sens qu’ils entendent lui conférer. Et la question peut légitimement se poser de savoir s’il est moderne de parler de modernisation.

L’infiniment grand et l’infiniment petit

La modernisation est une notion mouvante dans ses formes, dans ses contenus, dans le temps et dans l’espace. Elle provient sans doute du Changement ou d’un changement et se trouve aux antipodes de la tradition. A dire vrai, l’hétérogénéité du contenu de la modernisation permet d’employer l’adjectif moderne sans grande cohérence. Moderne pourra se dire de quelque chose ou de quelqu’un qui appartient au temps présent ou à une époque récente.
Sous ce rapport, évoquer la modernisation de la fonction publique revient à opérer une comparaison entre le fonctionnement de la fonction publique et le temps présent, c´est-à-dire, le fonctionnement de la société actuelle… mais pas seulement.

Le progrès

En réalité, le terme de modernisation renvoie à l’idée de progrès, c´est-à-dire à une évolution positive de ce qui n’est pas une stricte application des règles anciennes. Derrière le qualificatif de moderne, il y a l’idée de mieux. Et malheureusement, le mieux, comme le bien ou le mal, puise sa source dans un système de valeur variable selon les individus.
La notion de modernisation, selon qu’elle est employée par tel ou tel interlocuteur, peut ainsi avoir trait à des évolutions ou des changements radicalement opposés. Pourtant, au milieu du "brouhaha" des clairons de la modernisation de la fonction publique, un orchestre semble jouer de concert…

L’efficience, la performance… What Else?

Les chantres de la modernisation véhiculent globalement deux idées beaucoup plus difficiles à avouer – et certainement moins neutres – que la modernisation : faire mieux à moindre coût (efficience) en ayant recours à des dépenses structurelles moins onéreuses et à un personnel mieux formé et plus impliqué (performance). Ces idées sont sans doute un peu trop proches de la notion de rendement.
Or, la fonction publique n’a jamais eu le rendement pour préoccupation centrale. Elle a toujours été édifiée sur les fondations de la satisfaction de l’intérêt général… ce qui a amené certains observateurs à parler d’un « monde à part » (Jacques Caillosse, « Sous le droit administratif, quelle(s) administration(s) ? », Mélanges Peiser, 1995, p. 63).
Parler de la modernisation de la fonction publique reviendrait en réalité à comparer la fonction publique des années 50 ou des années 80 et celle issue des dernières réformes. Or, hier comme aujourd’hui, les fers de lance de la modernisation de la fonction publique ne se limitent pas à une telle analyse. Ils prennent toujours pour référentiel la société civile moderne au cœur de laquelle la rentabilité, l’efficacité, la rapidité ont atteint leur paroxysme.

Modernisation ou rendement ?

Derrière la notion de modernisation se profile subrepticement la crainte de l’avènement du rendement au sein de la fonction publique. Cette crainte traîne dans son sillage une autre appréhension, celle de voir la préoccupation centrale, la satisfaction de l’intérêt général, altérée par la modernité.

Alors, plutôt que d’effrayer par l’emploi trop fréquent de l’impalpable modernisation, les décideurs publics devraient sans doute donner du contenu à cette notion…quitte à être moins neutre dans la présentation de leur politique de changement…et à présenter explicitement leurs sources de progrès.

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