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Revue Horizons santé

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Jean-Marie Barbot, Directeur du CHS « Fondation Vallée » et Président de l’Adrhess

Président de l’association pour le développement des ressources humaines des établissements sanitaires et sociaux (Adrhess) et Directeur du CH « Fondation Vallée », Jean-Marie Barbot, nous livre son point de vue sur l’absentéisme, thème du prochain colloque de l’association qui se tiendra le 10 avril à Levallois-Perret.

Comment s’explique le taux élevé d’absentéisme dans les établissements de santé ?

En premier lieu, je souhaiterais nuancer cette affirmation. Les établissements de santé ne sont pas les seuls à connaitre un absentéisme important : tous les secteurs d’activité, publics mais aussi privés, sont concernés.

Il faut également se méfier des raccourcis statistiques. La méthode utilisée ces dernières années pour calculer le taux d’absentéisme ne reflétait pas une vision objective de la situation. Avec la mise en place du nouveau bilan social, le mode de calcul appliqué est davantage en phase avec la réalité. Ainsi, le taux d’absentéisme à l’hôpital est plus proche des 6-7 % que des 10-11 %qui résultaient de l’ancien calcul.

Il importe aussi de ne pas se limiter à une approche trop globale de l’absentéisme, qui induit des erreurs d’appréciation. Par exemple, si l’on additionne la maladie ordinaire et la maternité, il faut prendre en compte le fait que la maternité seule représente 20 % des absences à l’hôpital.. Or, ce type de congé est directement lié à la proportion de femmes dans la fonction publique hospitalière (80 % des effectifs). Il est donc essentiel d’analyser les chiffres dans le détail et de relativiser les écarts en fonction notamment des données démographiques.

De plus, dans le contexte actuel, nombre d’hôpitaux sont sous tension (problèmes d’effectifs, financement à l’activité…) ce qui contribue ainsi à amplifier les impacts de l’absentéisme pour les équipes et les directions RH. A phénomène comparable, la perception est sans doute plus aigue aujourd’hui.

Mais la réalité, c’est que sur ces 20 dernières années, le taux d’absentéisme a relativement peu évolué, alors même que les données démographiques ont changé : hausse de la moyenne d’âge (43 ans pour l’ensemble du personnel non médical, 50 ans pour les praticiens hospitaliers), avec des catégories professionnelles plus exposées que d’autres notamment au regard des manutentions (c’est le cas des aides-soignants avec une moyenne d’âge qui avoisine les 50 ans).

Quelles sont les actions mises en place par les DRH des EPS pour réduire l’absentéisme ?

Pour réduire l’absentéisme, il faut bien le comprendre et l’analyser. Le nouveau bilan social établi en 2013 incite à une analyse beaucoup plus fine (données par métier, catégorie, tranche d’âge, etc.). Il conduit aussi à distinguer l’absence de courte et de longue durée : 200 jours d’absence par an ne signifient pas la même chose s’il s’agit d’un agent en maladie longue durée ou de 20 agents absents 10 jours en maladie ordinaire !

Mener ce diagnostic est un préalable nécessaire pour les DRH, avant même d’évaluer les impacts de l’absentéisme en termes de dynamique de travail, démotivation, dégradation du climat social, ou de pertes d’activité et de recettes.

En réalité le meilleur moyen de réduire l’absentéisme, est de mettre en place des conditions qui favorisent le présentéisme à l’hôpital. La prévention des risques professionnels et de la pénibilité (notamment sur les TMS), la promotion de la santé au travail, ou les campagnes de vaccination (protection contre la grippe) sont autant d’axes de travail à développer. A titre d’exemple, les contrats locaux d’amélioration des conditions de travail (CLAC), mis en place en lien avec les CHSCT et les services de santé au travail, comportent souvent des actions de prévention des accidents de travail (ex : formation « gestes et postures »).

Assiste-t-on à un durcissement des pratiques (contrôle des arrêts maladie…) ?

Dans certains cas, des arrêts maladie peuvent paraître abusifs (on l’a vu récemment avec les sages-femmes en grève qui ont déposé des arrêts maladie). Mais ces situations sont exceptionnelles.

Dans la pratique, les contre-visites existent mais elles sont soumises à une réglementation stricte et une jurisprudence très protectrice vis-à-vis des agents. Une décision du Conseil d’Etat de 2011 avait ainsi considéré que le seul fait pour un agent en arrêt d’être absent lors d’une visite inopinée ne justifiait pas une suspension de sa rémunération. Dans les faits, il faut donc organiser la contre-visite avec le médecin agréé en convoquant l’agent.

Il est aussi important de rappeler les obligations des agents et les règles liées aux absences pour maladies. Ainsi pour qu’il soit validé comme un arrêt avec les droits y afférent, l’envoi des feuilles maladies doit être effectué dans les 48h. De même, depuis 2011, il est reconnu que les congés maladie n’ouvrent pas droit à RTT (précisions apportées par la loi de finances pour 2011).

Mais globalement, les établissements privilégient une approche axée sur la prévention et la sensibilisation plutôt que sur la sanction.

L’abrogation du jour de carence, instaurée par la Loi de finances pour 2014, ne va-t-elle pas à l’encontre de la lutte contre l’absentéisme ?

Je rejoins l’analyse de la FHF qui affirme que la mise en place du jour de carence a fait baisser l’absence à l’hôpital. L’étude Sofaxis met en avant une baisse de 40 % des arrêts maladie d’une journée en 2012 dans la fonction publique hospitalière. Ce chiffre est peut-être excessif, néanmoins il est vrai que sur le terrain, on observe souvent une inversion de la courbe de l’absentéisme en 2012 et 2013.

Quoi qu’il en soit, il aurait été plus logique de faire un vrai bilan de la suppression du jour de carence avant de décider de l’abrogation de cette mesure.

Créée en 1993, l'association pour le développement des ressources humaines des établissements sanitaires et sociaux (ADRHESS) s’attache à favoriser les échanges entre les professionnels des ressources humaines. L'Adrhess organise des colloques et des journées d'étude sur les principales problématiques caractérisant l'évolution des ressources humaines à l'hôpital. Prochain évènement : « Absentéisme à l’hôpital : et si on parlait présentéisme ? » le 10 avril 2014 à Levallois-Perret.
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